Histoire acadienne



Résumé de la synthèse historique par Jean Daigle dans l'ouvrage L'Acadie des maritimes, publiée par la Chaire d'études acadiennes, Université de Moncton, 1993.


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L'Acadien est de souche française

Le terme Acadie est employé pour la première fois en 1524 par l'explorateur italien Giovanni da Verrazzano. Arrivé dans la région de Washington au mois d'avril, il trouve la végétation si luxuriante qu'il surnomme l'endroit «Arcadie» en souvenir de cette région de Grèce antique dont les poètes ont célébré l'innocence et la joie de vivre. Au XVIIe siècle, orthographiée sans la lettre «r», l'expression désigne la région des Maritimes.

Même si les premiers colons français s'établissent en 1604, des pêcheurs basques, normands et bretons ainsi que des commerçants de fourrures de différentes villes portuaires ont fréquentés les côtes des Maritimes bien avant cette date. La France, alors au prise avec les guerres de religion, n'entre que tardivement dans la course aux colonies d'Amérique. Conscient des problèmes des territoires causés par le commerce des fourrures, le roi accorde à partir de 1588 des monopoles de traite à des groupes de marchands. Peu à peu une idée fait son chemin: utiliser le monopole de traite comme un moyen de financer la colonisation.

C'est sous ces auspices qu'un marchand protestant, Pierre du Gua, sieur de Monts, obtient d'Henri VI un monopole de traite d'une durée de dix ans sur un territoire s'étendant du 40e au 46e dégré de latitude Nord, contre l'obligation d'y établir un certain nombre de colons. De Monts, Samuel de Champlain et Jean de Biencourt de Poutrincourt font partie en 1604 d'une expédition d'environ 80 hommes. Choisissant la baie Française (baie de Fundy), ils décident de s'établir à l'île Sainte-Croix.

L'hiver de 1606-1607 est plus agréable que celui de 1604-1605 durant lequel le scorbut emporte près de la moitié des 80 hivernants. Les marchands français, écartés du commerce lucratif des fourrures par le monopole accordé à de Monts, mènent une telle cabale contre ce dernier que le roi lui enlève en 1607, avant l'échéance, le droit exclusif de traite. De monts ramène alors tout son monde en France, car il lui est impossible de soutenir financièrement la colonie.

Pendant ce temps, Poutrincourt, fasciné par son séjour en Acadie, obtient une concession afin de retourner en Amérique. Accompagné de quelques individus, dont Claude et Charles de Saint-Étienne de La Tour, il revient s'établir à Port-Royal. Encore une fois l'initiative privée met sur pied un projet de colonisation.

La colonie fait face à beaucoup de difficultés financières, et en 1613, un Virginien nommé Samuel Argall vient détruire l'établissement de Port-Royal ainsi qu'une colonie jésuite à Saint-Sauveur (dans le Maine actuel). Ceci, en thèorie, rend le territoire aux Anglais, mais, en réalité, il n'y aura aucun colon anglais avant 1629. La présence de ces deux puissances colonisatrices européennes ne vont que nuire au développement de l'Acadie.

En 1627 il y a la création de la Compagnie des Cent-Associés par le cardinal de Richelieu. Ceci annonce un retour de la puissance française en Acadie. La France, durant le règne de Louis XIII et de Richelieu, prépare la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye (1632) qui assure le retour de ses deux colonies d'Amérique: la Nouvelle-France (le Québec actuel) et l'Acadie. Cette dernière, en raison de sa situation géographique, servira à l'avenir de «muraille de Chine» entre la Nouvelle-France et les colonies anglaises. La décision d'implanter le régime seigneurial et la nomination d'Isaac de Razilly comme gouverneur de l'Acadie indique un regain de vie pour la colonie. C'est à ce moment que se déploient des efforts sérieux pour la colonisation de l'Acadie.

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Conflits internes

Après la mort accidentelle de Isaac de Razilly en 1636, les promesses du régime seigneurial sont brisées, et des conflits à l'intérieur de l'Acadie vont être à l'ordre du jour. D'abord, Charles de Menou d'Aulnay, à Port-Royal, et Charles de La Tour, à la rivière Saint-Jean et au Cap-Sable, s'adressent tour à tour au roi de France pour faire trancher les limites de leurs gouvernements respectifs. Cette guerre civile va sérieusement retarder le développement de la colonie pour plusieurs années.

Suivant la noyade accidentelle de Charles de Menou d'Aulnay, en 1650, naît un deuxième conflit, celui-ci entre trois personnes, Emmanuel Le Borgne, Charles de La Tour et Nicolas Denys, qui ont tous des intérêts de succession au poste de gouverneur de l'Acadie.

Ces conflits armés entre les divers dirigeants vont gêner le progrès de la colonie; le flot migratoire va cesser et par le temps du décès de d'Aulnay, seulement 40 à 50 familles constituent la souche principale du groupe acadien; peu de familles viendront s'y ajouter par la suite.

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Le traité de Bréda...

Le traité de Bréda, signé entre la France et l'Angleterre en 1667, signale le retour de l'Acadie au seins des possessions françaises. Le nouveau gouverneur, Hector d'Andigné de Grandfontaine doit entreprendre une tâche immense en 1670. Il n'est doté que de 30 soldats pour rétablir l'autorité française auprès de 400 habitants qui vivent déjà de façon indépendante. De plus, il doit défendre le territoire, qui est exposé aux attaques incessantes des Anglais.

Pour ces raisons, Port-Royal, seul établissement d'importance, voit quelques-uns de ses habitants émigrer vers d'autres points de la baie Française; vers 1674, un certains nombre d'entre eux se sont établis à Beaubassin, au fond de la baie; alors qu'au milieu des années 1680, le village appelé Les Mines (Grand Pré) est fondé. Pour les Acadiens, s'établir ailleurs, c'est trouver la tranquilité et des espaces nouveaux à cultiver.

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Attaques, traités et paix

Malgré les attaques incessantes et les pillages - Port-Royal est attaqué en 1704, deux fois en 1707 et de nouveau en 1710 - les Acadiens acquièrent une capacité de résistance et d'adaptatin qui leur permet de surmonter les difficultés. En 1697, le traité de Ryswick met fin aux guerres en Amérique et en Europe, mais la trève ne dure que cinq ans. Les trois années, de 1697 à 1700, sont consacrées à consolider la présence française en Acadie. Toutefois, un problème persiste: les Acadiens ont toujours une dépendance économique vis-à-vis le Massachussetts.

Un fait demeure: toute décision française visant à réserver aux seuls natifs français le commerce ou la pêche en territoire acadien suscite une réaction chez certains groupes d'intérêts au Massachussetts qui sont composés surtout de marchands, pêcheurs et d'habitants demeurant à la frontière. Ces derniers, ne voulant pas perdre leurs droits de traite, proposent la conquête de l'Acadie. C'est là tout le dilemne de la réalité acadienne: être Français et se voir condamné à une conquête éventuelle par les colons américains ou s'entendre avec les voisins puissants et risquer de devenir un comptoir anglais.

Les colons américains sont désenchantés par le fait que l'Acadie fut remise à la France en 1697, et c'est une des raison pour laquelle il y aura la guerre de Succession d'Espagne qui va commencer en 1702. Cette fois-ci, le Massachussetts a la ferme intention d'en faire de l'Acadie une colonie anglaise.

Du coté des Français, le gouverneur de l'époque, Daniel d'Auger de Subercase (1706-1710), fait des demandes d'aide pressantes pour du ravitaillement afin de défendre l'Acadie. Malgré ceci, Versailles n'accorde que peu d'aide étant trop préoccupé par la situation militaire en Europe. Lorsque l'armada anglaise se présente devant Port-Royal, à la fin septembre 1710, Subercase, ne disposant que de 300 soldats, n'oppose qu'une faible résistance et capitule le 12 octobre 1710.

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L'Acadie anglaise

L'un des premiers problèmes auxquels ont à faire face les administrateurs anglais d'Annapolis Royal, nouvelle dénomination de Port-Royal, est le suivant: comment une minorité anglaise peut-elle gouverner une majorité française? On a cruà un moment que la conquête entraînerait un important flot migratoire d'Anglais, mais tel ne fut pas le cas. À part quelques commerçants et militaires, tous installés dans la capitale, Annapolis, il n'y a à toutes fins utiles que peu d'immigrants anglais avant 1749. Cette conquête représente une question épineuse, car pour la première fois, l'Angleterre administre une large population homogène d'origine française et de religion catholique. Les Acadiens occupent les terres les plus fertiles de la colonie et leur croissance démographique fait de Nova Scotia une colonie où la vie est française.

La signature du traité d'Utrecht en 1713 change l'équilibre des forces en Amérique. Suivant l'article 12, trois territoires sont cédés à L'Angleterre: la baie d'Hudson, Terre-Neuve et l'Acadie. La France conserve cependant un territoire dans le Golfe de Saint-Laurent: l'île Royale, aujourd'hui l'île du Cap-Breton. Si l'année 1713 signifie la perte de territoires importants pour la France, elle inaugure une nouvelle ère pour les Acadiens. Pour la première fois depuis leur arrivée en Amérique, ils connaissent une période de stabilité et de paix consécutive d'au moins 30 années. C'est la première fois depuis le début du XVIIe siècle que les Acadiens vivent enfin une aussi longue période de tranquilité. Ils manifestent une croissance démographique phénoménale due à un taux de fécondité parmi les plus élevés à l'époque.

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« L'Acadie perdue »

En 1748, par la signature du traité d'Aix-la-Chapelle en 1748, la forteresse de Louisbourg, conquise en 1745, est rendue aux Français. Ceci ne plaît aucunement aux colons américains.

En 1749, plusieurs milliers de colons anglais vont s'installer à Halifax. Ceci représente un tournant dans la politique coloniale anglaise. Abandonnant les objectifs mercantilistes, Londres s'oriente vers une politique impérialiste où la possession de territoires devient prioritaire. Sur les pressions et les recommandations des coloniaux, le Board of Trade, le ministère des colonies de l'Angleterre de l'époque, décide de faire de l'entreprise de colonisation quelque chose de grandiose et d'important. à Halifax, une tâche immense attend le gouverneur Edward Cornwallis; il doit « britanniser» la Nouvelle-Écosse en y établissant les institutions et les lois anglaises, ainsi que fortifier Halifax pour en faire une base d'assaut contre Louisbourg. Le déménagement de la capitale d'Annapolis Royal à Halifax, la construction de routes reliant les établissement acadiens et la présence d'un fort contingent de militaires anglais modifient l'équilibre des forces en Nouvelle-Écosse et instaure une période d'instabilité dans la région.

La construction de fortifications dans les établissements acadien de Grand-Pré, Pisiguit et Beaubassin accroît le climat d'insécurité. En 1749, les Micmacs, alliés aux Français, déclarent la guerre aux Anglais de la péninsule et les harcèlent continuellement. Plusieurs Acadiens, trouvant la situation intolérable, préfèrent quitter leurs terres et se réfugier en terrirtoire français.

Les Acadiens de la péninsule sont écartelés en deux positions irréconciliables : une fidelité ultime à la France et une allégeance temporaire à l'Angleterre. Lorsqu'en 1749 le gouverneur Cornwallis leur demande de prêter serment sans réserve sous peine d'être expulsés, les Acadiens ne veulent pas modifier leur position et refusent l'ultimatum anglais.

Charles Lawrence, nommé lieutenant général en 1753, est le premier administrateur anglais de la colonie qui envisage le fonctionnement de la Nouvelle-Écosse sans la présence des Acadiens - l'expulsion de ces derniers du territoire faciliterait l'installation d'une colonisation anglaise et protestante. La reprise de la guerre en Amérique en 1754 lui permet de mettre son projet à exécution. Pour assurer la sécurité de la Nouvelle-Écosse, Lawrence met sur pied, avec le concours de son supérieur hiérarchique le gouverneur du Massachussetts, William Shirley, un corps expéditionnaire pour déloger les Français de l'isthme de Chignectou. Le général Monckton s'acquitte bien de sa tâche en prenant les forts Beauséjour et Gaspareau en juin 1755.

En juillet, Lawrence et le Conseil législatif, appuyés par la flotte de l'amiral Boscawen et de celle des troupes de la Nouvelle-Angleterre dans la colonie, prennent la décision de déporter le Acadiens. Les habitants des divers établissement de la baie Françiais sont rassemblés, et l'embarquement sur les bateaux se poursuit jusqu'à la fin de décembre. Environ 6500 d'entre eux sont envoyés vers les différentes colonies américaines.

Deux pratiques associées à la déportation amplifient son caractère odieux. Tout d'abord, la destruction par le feu de toutes les traces de la présence acadienne interdit le retour de la population. De plus, l'éparpillement des individus brise les liens d'affection et de solidarité. La dispersion cause de nombreuse pertes de vie, surtout durant les déplacements. Les tempêtes de mer, le manque de nourriture et d'eau ainsi que les mauvaises conditions sanitaires font qu'assez souvent plusieurs navires perdent plus du tiers de leurs passagers alors que d'autres disparaissent corps et biens. En plus de la perte de leurs possessions et de la séparation d'avec les membres de leurs familles, les Acadiens doivent affronter l'accueil hostile des populations locales qui, du Massachussetts à la Caroline du sud, se plaignent de ne pas avoir été prévenues de l'arrivée de ces prisonniers et de la surcharge de dépenses qu'entraine leur présence.

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